Eh non, Dora Maar ne se résume pas à la femme qui pleure, madone au visage déformé vue tant de fois sur les œuvres de son amant Picasso. Dora Maar c’est même tout le contraire : une femme déterminée, affirmée, avant-gardiste, et surtout bien consciente d’un monde en pleine mutation, autant dans le domaine des arts qu’en terme de politique internationale. Une figure forte que Pablo Picasso a aimé tordre à qui il me tarde de rendre un hommage bien mérité. C’est la Queen du jour.
Sans elle, pas de Guernica
Inspiratrice et révélatrice, sans elle, Guernica de Picasso n’aurait jamais vu le jour. En 1937, Picasso était réticent à s’impliquer dans le conflit espagnol. Mais Dora Maar, profondément affectée par le bombardement de Guernica et proche des milieux intellectuels antifascistes, l’a incité à transformer sa commande pour l’Exposition universelle en une œuvre engagée. Plus encore, c’est elle qui a documenté sa création en photographiant chaque étape de sa réalisation. Enfin, son univers visuel, mêlant allègrement étrange et cauchemardesque, a considérablement influencé l’atmosphère dramatique de Guernica.

Surréalisme au féminin
Dora Maar était une photographe surréaliste majeure dans les années 1930, et ses œuvres sont parmi les plus fortes visuellement de cette époque. Non seulement elle excellait dans l’art du photomontage, mais même ses photos plus réalistes troublaient pas leur cadrage et leur ambiance. Ombre et lumière, contraste et reflets ont été mis au service de ses images mystérieuses, voire angoissantes. Au final, elle a livré des œuvres surréalistes poétiques et subtiles, étranges et introspectives, aux confins du monde de l’inconscient.

Une artiste aux multiples talents
Dora photographe, certes. Mais connaissez-vous Dora peintre ? C’est en 1946, lors de sa rupture avec Picasso (et une grave crise psychique), qu’elle abandonne peu à peu le boitier pour les pinceaux. Et par là même, se réinvente, affirmant son talent au-delà de l’ombre accablante de l’artiste espagnol. Au départ figurative, sa peinture tend peu à peu vers l’abstraction lyrique, très éloignée des tendances commerciales de l’époque. Résolument résiliente, Dora Maar s’est également adonnée à la poésie. Ce n’est qu’après sa mort, en 1997, que ses poèmes sombres et énigmatiques, en quête de vérité intérieure, ont été découverts, comme un écho à son existence bien trop souvent résumée à un statut de muse.
