Injustement oubliées, mises au ban de la société artistique (patriarcale), menacées pour leur engagement, (re)découvertes et (re)connues bien après leur mort… Voici la deuxième partie de cette série dédiée à ces héroïnes du verbe et de la beauté, de l’expression artistique et du dépassement de soi. Celles pour qui la prise de position était essentielle.
Claude Cahun, l’engagement dans la peau
Née Lucy Schwob à Nantes en 1894, Claude Cahun a consacré sa vie aux questions de l’identité et de la représentation de soi. Des thèmes considérablement exploités à travers ses autoportraits où elle apparait grimée et déguisée. Pendant près de quarante ans, elle multipliera les images d’elle-même pour atteindre ce qu’elle appelle l’indéfinition sexuelle. Proche des surréalistes, elle s’illustrera également avec ses écrits mêlant poésie et activisme. En 1939, en exil avec sa compagne sur l’île de Jersey, elle entre dans la Résistance et échappe de peu à l’exécution. Elle y décèdera en 1954… mais ce n’est que 40 ans plus tard que son œuvre sera exhumée et adoubée à sa juste valeur.

Pour une première découverte de cette artiste, je vous recommande Le Photo Poche qui lui est consacré (aux éditions Acte Sud).
L’incroyable destin de Vivian Maier
100 000. C’est le nombre de négatifs achetés en 2007 par John Maloof pour la somme de 400 dollars, espérant dégoter quelques informations sur son quartier de Chicago. Ce n’est qu’après avoir développé une partie des photos qu’il a découvert leur extraordinaire qualité et a commencé à s’intéresser sérieusement à la photographe, Vivian Maier. Cette nounou discrète a pris des autoportraits tout au long de sa vie, en utilisant notamment des miroirs ou des ombres pour signaler sa présence sans faire face à la caméra. En capturant des instants fugaces, elle est aujourd’hui l’une des icônes de la street photography.

Je ne peux que vous encourager à visionner Finding Vivian Maier, qui retrace cette épopée qui s’étend sur près de cinq décennies.
Nancy Cunard, l’aristocrate engagée
Aristocrate, amie des dadaïstes et des surréalistes, modèle de Man Ray et de Brancusi, éditrice de Samuel Beckett… Nancy Cunard a côtoyé du « beau monde ». Mais si elle a marqué l’histoire, c’est surtout en raison de son activisme réformateur et résolument précurseur dans les années 1930. Dans son manifeste Negro Anthology, un ouvrage de 800 pages qu’elle a compilé et édité, elle explore les contributions culturelles, politiques et sociales des peuples africains et de la diaspora noire. Une vision anti-exotique qui lui a valu d’être marginalisée par les élites conservatrices, au point de finir sa vie esseulée et dans la misère la plus totale. Ce n’est à sa mort, en 1965, que son engagement visionnaire a été reconnu. Et son ouvrage est désormais considéré comme fondamental.

Prolongez la découverte de cette femme hors-norme avec le livre Avec toute ma colère.