Mes 3 nouveaux favoris à l’honneur présentent la même spécificité : chacun à leur manière, ils explorent ce qui déborde. Des sentiments trop vastes, des cadres trop étroits, des normes asphyxiantes, des vies qui cherchent leur juste place. Qu’il s’agisse d’amours multiples, de failles intimes ou de regards posés sans jugement sur nos contradictions, ces 3 œuvres ont en commun de troubler plus qu’elles ne rassurent. Voici mes raisons de s’y attarder… voire d’y reconnaître quelque chose de soi. D’universel.
Un film : Valeur sentimentale
À ce stade, ce n’est même plus tout à fait une curiosité cinéphile, mais un réflexe. Je suis une inconditionnelle du cinéma de Joachim Trier, de sa façon de filmer les failles, les souvenirs, les silences. Dans ses longs-métrages, les personnages semblent toujours au bord de quelque chose – une rupture, une révélation, un vertige – et c’est précisément là que son cinéma devient si beau. Je ne pouvais que me précipiter pour regarder Valeur sentimentale, son dernier opus avec l’inégalable Renate Reinsve, cette comédienne magnétique dont je vous ai déjà parlé pour son rôle fabuleux dans Julie en 12 chapitres (dont je préfère cependant le titre international : The Worst Person in the World). Pour revenir au film, je le résumerai ainsi : il ausculte ce que l’on garde de ceux qu’on a aimés, se penche sur les objets qui nous hantent et explore les histoires qui continuent à vivre en nous. C’est beau, c’est magistral, c’est Trier.
Un livre : Weird buildings
Ici on aime (que dis-je : on adore) les livres, et particulièrement les beaux livres. Outre de la réglisse, des PEZ et une affiche Moomin, j’ai ramené d’Helsinki un ouvrage à la fois étonnant et enrichissant sur les architectures stupéfiantes. Le genre de livre qu’on feuillette d’abord pour le plaisir des yeux avant de s’y perdre pour de bon : une collection réjouissante de bâtiments insolites, poétiques, parfois carrément improbables, qui rappelle à quel point l’architecture peut encore surprendre, amuser et déborder du cadre. Savez-vous où je me le suis procuré ? Dans la librairie qui accueille le café Aalto, comme un ultime hommage à l’un des grands architectes du design nordique.

Une série : Infidèles
Arte a encore frappé avec une série qui gratte là où ça fait mal : Infidèles, ou l’art de disséquer le couple sans filtre ni morale toute faite. La filiation avec Bergman et ses Scènes de la vie conjugale est évidente. On est loin des clichés glamour puisqu’il s’agit d’une histoire d’amours au pluriel. C’est terriblement banal, presque triste, et donc juste. Chaque personnage semble chercher un souffle, une échappée, parfois maladroite, souvent cruelle mais profondément humaine. La série ne juge pas, elle observe ces élans, ces manques, ces tentatives parfois maladroites de rester vivant dans ses sentiments. Et ça touche juste, parce que ça parle moins de trahison que de désir, de peur, et de cette quête un peu fragile d’aimer sans s’éteindre. Ça met parfois mal à l’aise, ça résonne plus qu’on ne voudrait… et c’est précisément pour ça que ça fonctionne.

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